Revue de presse

Les écoles du Réseau Gayant dans la Voix du Nord

Par admin gayant-douai, publié le mercredi 6 septembre 2017 23:40 - Mis à jour le mercredi 6 septembre 2017 23:40

LA VOIX DU NORD - Douaisis - Mardi 5 septembre 2017

La rentrée de Delphine Pinquet et ses dix élèves de CP

À l’école des Tilleuls-La Solitude, dans le quartier de Frais-Marais, trois classes de cours préparatoire ont été allégées, comme l’a souhaité le ministre de l’Éducation nationale. Pour sa onzième rentrée sur place, Delphine Pinquet peut compter ses élèves sur les dix doigts de la main. Un vrai confort.


Pour ce premier jour d’école, on ne compte que huit cartables dans la classe de Delphine. «  Deux élèves sont absents, excuse l’institutrice. Dans l’école, on a beaucoup de turnover. C’est la particularité de Frais-Marais…  » Un quartier dont les indicateurs sociaux justifient qu’il soit en réseau d’éducation prioritaire plus (REP+), et que ses écoles bénéficient du dispositif de CP allégé fraîchement mis en place par l’Éducation nationale.

«  L’an passé, j’avais 26 élèves, et trois niveaux. Là, je passe à un CP de dix. Je vais arrêter de me couper en trois !  » Un véritable confort, qu’apprécie la maîtresse au moment de faire coller les petits mots sur les carnets de liaison des enfants : «  Je peux passer auprès de chacun, et aider. »

« Ce sont des enfants qui ne peuvent pas être aidés. Certains parents ne maîtrisent pas la lecture. »

Car si le CP est une classe de transition, il l’est encore davantage pour les élèves de Delphine, qui ne disposent pas d’un suivi à la maison. «  Ce sont des enfants qui ne peuvent pas être aidés. Certains parents ne maîtrisent pas la lecture. » Avec son petit groupe, arrivé ce lundi matin «  en terrain conquis  » – «  je les avais en maternelle l’année dernière  ! » –, l’enseignante espère pouvoir passer plus de temps pour «  approfondir ses enseignements et utiliser d’autres méthodes  », plus ludiques mais difficiles à mettre en œuvre quand les élèves sont nombreux, «  parce que ça fait du bruit. »

Autre avantage de l’intimité : la possibilité de prendre le temps nécessaire pour suivre les élèves qui en ont le plus besoin, «  en relation avec des professionnels de santé, orthophonistes, ergothérapeutes, psychologues…  » «  Ici, on est enseignant, éducateur, assistante sociale… Si je n’aimais pas, je serais partie depuis longtemps  », confie Delphine.

« Faire des progrès tout en s’épanouissant »

Sans attendre de miracle de la réduction des effectifs, «  car même si on descendait à cinq élèves par classe, il y en aurait toujours qui ont besoin de plus de temps pour apprendre  », Delphine a l’espoir de «  pouvoir faire évoluer ses CP de septembre à juin, sans pression  », et qu’ils puissent « faire des progrès tout en s’épanouissant. Ceci dit, j’ai pu constater que la moitié d’entre eux déchiffrent déjà. Alors, je peux le dire : je pense que j’aurai 100 % de lecteurs en fin d’année !  »

 

«On a l’habitude d’innover»

Évidemment, les CP à douze, «  ça va changer la vie de mes enseignantes », reconnaît spontanément Carole Filipiak, directrice de l’école Les Tilleuls-La Solitude. «  Par exemple, dans une classe de 25, il faut en moyenne répéter cinq fois la même consigne…  »

Un intérêt immédiat qui ne l’a pas empêchée de regretter au départ la disparition du dispositif antérieur de réussite éducative, qui consistait à mettre deux maîtres par classe. «  Ça faisait deux ans qu’on s’était investi dedans et tout à coup, tout explose. Mais heureusement, on a une équipe soudée et des enseignants courageux  », confie la directrice.

Une équipe qui avait anticipé les préconisations ministérielles : «  Quand on entend le ministre parler d’enseignement personnalisé, nous, on le faisait déjà », signale Carole Filipiak, directrice de l’école Les Tilleuls-La Solitude. «  Ici, on a l’habitude d’être un labo, d’innover  », renchérit sa collègue, Delphine Pinquet.

Mais même avec de la bonne volonté à revendre dans les rangs de ses enseignants, Carole Filipiak s’interroge déjà pour l’avenir proche. «  Les classes allégées sont plafonnées à 14 élèves. Mais en novembre, de nouveaux logements vont être livrés à Frais-Marais. Si j’ai dix CP qui arrivent, comment je fais ?  »

 

 

 

Réduire les effectifs et changer les approches

Dans la circonscription Douai-centre, quatre classes en REP + sont concernées par la réforme des CP allégés, mise en place par le ministère de l’Éducation nationale. Trois à Frais-Marais, aux Tilleuls et à La Solitude, et une à Râches. «  Pour les REP, nous avions déjà un dispositif de réussite éducative, consistant à mettre plus de maîtres que de classes. Là, les choses sont stables. Mais en REP +, les choses ont bougé avec les 12 élèves par classe en CP  », explique Franck Montuelle, inspecteur de l’Éducation nationale.

Une réforme qui n’a pu être appliquée à la lettre à Râches, où faute de locaux – un projet de transformation de l’école est à l’étude –, une classe de 26 élèves de CP se partage deux maîtres. «  Des enseignants chevronnés, qui ont déjà travaillé ensemble et sont devenus complémentaires  », assure l’inspecteur. Qui ajoute : «  Réduire les effectifs sans changer les approches serait inutile. On travaille aussi sur une refonte des méthodes pédagogiques.  »